La convocation de l'assemblée générale annuelle des membres de notre association est reportée au printemps 2018 et donnera lieu à une consultation sur l'avenir de l'ARVPAT.

IL Y A CENT ANS: LE GRAND INCENDIE DU VIEUX POINTE-AUX-TREMBLES !

(1ère partie) - La Pointe-aux-Trembles en 1912
"En 1912, la Pointe-aux-Trembles était un heureux mélange de village rural traditionnel et de jeune ville en transformation. Le village débordait le périmètre du vieux fort et s’étendait maintenant au nord de l’ombragée rue Notre-Dame, sillonnée par le tramway et sur laquelle on venait de commencer la construction d’un nouvel hôtel de ville, œuvre de Charles-Aimé Reeves et qui se voulait symbolique de l’essor que les Pointeliers voulaient faire prendre à leur milieu. À sa vocation agricole se greffait maintenant un embryon de développement industriel et surtout une nouvelle mission de chic lieu de villégiature. La concurrence avec les villes voisines était féroce, particulièrement avec Maisonneuve, Beaurivage et Montréal-Est qui venait de se détacher de Pointe-aux-Trembles en 1910.

Le village constituait toujours cependant un ensemble patrimonial impressionnant. Ses rues étroites étaient bordées de maisonnettes de vois à toits en pente, de commerces et boutiques d’artisans et de quelques édifices en pierre. Le tout était complété par quelques bâtisses particulièrement remarquables. : l’église Saint-Enfant-Jésus, érigée en 1705 face au fleuve et son presbytère second empire, leur voisin, le troisième couvent des Dames de la Congrégation érigé en 1880 et la première Académie Roussin construite en 1907, au nord de la rue Notre-Dame. À quelques kilomètres plus à l’ouest, la bourgeoisie canadienne-française naissante allait bientôt se donner un club privé, le Club Champêtre canadien, logé dans un splendide pavillon, également œuvre de Charles-Aimé Reeves. En vingt-sept ans, la plupart de ces trésors architecturaux vont disparaître, réduits en cendres. Ils seront remplacés par des édifices ou aménagements parfois heureux, mais parfois moins intéressants que leurs prédécesseurs".    (Pierre DESJARDINS /Atelier d'histoire de la Pointe-aux-Trembles / LES GRANDS INCENDIES ET LA DESTRUCTION DU PATRIMOINE BÂTI DE LA POINTE-AUX-TREMBLES 1912-1939- Février 2004)

Le 28 juin 2012 marque le centenaire du grand incendie qui détruisit une importante partie du village. Avec la collaboration appréciée de notre historien Pierre Desjardins, voici ce qui est survenu le 28 juin 1912.

Le sinistre

 
Le lendemain de l'incendie, dans le quotidien LA PRESSE:
"De ce qui fut un coin riant et heureux du village,  il ne reste que
des ruines fumantes"
 [cliché du photographe de LA PRESSE-Collection Gariépy]

"En cette fin juin 1912, le Québec connaissait une vague de chaleur et de sécheresse inquiétante. Ceux villes importantes, soit Chicoutimi et Sainte Scholastique, avaient déjà connu ce mois-là des conflagrations dévastatrices. Ce qui n’empêchait pas les gens pour autant de poursuivre le mieux possible leurs activités coutumières. 

Aussi durant l’après-midi du 28 juin, Madame Gagnon, résidente de la rue Saint-Joseph travaillait dans le hangar de sa voisine, Madame Alfred Larin, l’épouse du menuisier, habitant sur la rue Sainte-Anne. Elle y fabriquait du savon en faisant bouillir de la graisse animale. Vers quinze heures trente, elle laissa son feu sans surveillance pour aller faire un brin de causette avec une amie. Le feu prit alors dans la graisse, enflamma la toiture du hangar de bois qui s’effondra aussitôt sur les réserves de bois du menuisier. Avant que Madame Gagnon ait pu constater la situation et donner l’alarme, plusieurs hangars et la maison de M. Larin étaient déjà la proie des flammes.

 Le lendemain de l'incendie, dans le quotidien LA PRESSE: "...coin du village sinistré: une maison vient de s'écrouler dans les flammes"
[cliché du photographe de LA PRESSE-Collection Gariépy]
On couru prévenir M. William Boulianne qui – bien qu’il ne sera officiellement nommé chef de police et incendies qu’en 1918 – assumait déjà cette fonction pour le village et la paroisse. En 1910, la municipalité venait de faire l’acquisition d’une pompe à incendie à essence Waterous dont on n’était pas peu fiers. Il semble cependant que M. Boulianne eut d’abord un problème d’accès à la dite pompe qui se trouvait dans un garage verrouillé dont on avait égaré la clef ! On fut ensuite pendant un bon moment incapable de faire démarrer la pompe et de la mettre en batterie. Quand avec l’aide de volontaires, on y parvenait, c’était pour devoir déménager l’engin, car dans un grondement infernal, le feu gagnait sans cesse du terrain, poussé par de violentes bourrasques.

La chaîne humaine organisée, dès le début du sinistre, par le curé Octave Roussin, fut mise à contribution pour protéger entre autres l’église, le presbytère et le couvent.



Le lendemain de l'incendie, dans le quotidien LA PRESSE:
"les ruines,les flammes achèvent leur oeuvre de dévastation"
[cliché du photographe de LA PRESSE-Collection Gariépy]

  À quatre heures trente, on décidé de faire appel aux pompiers de la ville de Montréal. Le chef Tremblay, en personne, prit charge des opérations à la tête de quatorze hommes de la caserne 20, équipés d’une pompe automobile et d’un fourgon à boyaux automobile. Il fut suivi de peu par M. Arthur Gaboury, surintendant de la Compagnie des Tramways, qui était accompagne d’un wagon de fret de la compagnie chargé de deux mille pieds de boyaux d’arrosage.




 Le lendemain de l'incendie, dans le quotidien LA PRESSE: "le grondement sinistre de l'incendie de temps à autre
est ponctué d'un bruit sourd-c'est une maison qui s'effondre-"
[cliché du photographe de LA PRESSE-Collection Gariépy]


On constata, cependant que, bien que le village disposait de bornes-fontaines, la pression d’eau était si faible que l’eau manquait. À la limite de ses capacités, l’aqueduc ne pouvait desservir que deux jets d’eau. C’est alors que Monsieur L.E. Geoffrion, résident estival de la Pointe-aux-Trembles et membre de la Commission du Havre de Montréal obtint par téléphone l’assistance de cette dernière qui dépêcha sur place des remorqueurs de la Compagnie Sincennes-Mc Naughton munis de pompes à incendie, soient les navires : John Pratt, Courrier et Saint-Pierre. Cette aide providentielle permit de mettre en batterie cinq jets supplémentaires sans lesquels tout le village aurait été détruit. Le chef Tremblay opta pour une stratégie défensive, cherchant à sauvegarder les édifices qui pouvaient encore être sauvés. Travaillant d’arrache pieds, les pompiers réussirent, malgré la confusion et l’encombrement causés par les badauds accourus de partout et laissés à eux-mêmes vue l’absence de service de police, à circonscrire l’incendie vers les neuf heures du soir, aidés par le changement de direction du vent (de l’ouest au nord-est) et une providentielle pluie légère.
Les victimes

Malgré l’ampleur du sinistre, on déplora peu de victimes, en termes de perte de vies humaines et de blessés graves.






 Le seul décès constaté fut celui de Mademoiselle Adèle Matthieu de la rue Saint-Jean-Baptiste. Gravement malade, elle avait été administrée le matin même de l’incendie. Sa maison était située au cœur de la conflagration, on la transporta avec précaution chez un voisin, Monsieur Jean-Baptiste Desrochers. La maison de ce dernier ayant pris feu à son tour, Mlle Matthieu fut transportée chez M. Brousseau où elle rendit l’âme malgré les soins du Docteur Gervais. Mlle Matthieu était la sœur de l’épouse du maire de la paroisse, M. Jacques Léonard,

Au plus fort de l’incendie, la rumeur courut à l’effet que un, puis trois enfant auraient péri dans l’incendie de leur demeure, donnant lieu à la scène déchirante que l’on imagine de la part des parents affolés. Il semble qu’il n’en était fort heureusement rien et que dans l’état de confusion qui régnait alors, des amis avaient conduit les enfants en lieu sûr, à l’insu des parents.

Deux pompiers de Montréal furent blessés. Le chef Tremblay fut blessé lorsqu’un clou pénétra à travers la semelle de sa botte. Le pompier Moore fut brûlé à la main droite tout comme plusieurs pompiers volontaires dont M.H Dubreuil, lors de l’effondrement de plusieurs murs. Ce sont les religieuses du pensionnat qui, aidées du Docteur J.H. Gervais, fortuitement de passage à la Pointe-aux-Trembles, soignèrent les blessés.

La solidarité pointelière

L’incendie jetait à la rue une soixantaine de familles. Le maire Charbonneau et le conseiller Ladouceur se consacrèrent à relocaliser tous ces sans-abri. Le Frère François-Xavier de l’Académie Roussin, Monsieur Brandt de l’Institut évangélique et la Supérieure du pensionnat de la Congrégation avisèrent le maire que leurs institutions respectives étaient à la disposition des sinistrés. M, Geoffrion, de la Commission du Havre, nous apprend la Presse « mettait, pour sa part, son garage à la disposition des malheureux sans toit, et priait M. O. Gervais, de leur servir du pain, du beurre, des biscuits, du fromage, etc., tant qu’ils en auraient besoin, » Le maire Versailles, de Montréal-Est, informa le conseil municipal de Pointe-aux-Trembles qu’il mettait les maisons vacantes de sa ville à la disposition des sinistrés. Les autorités de la Pointe-aux-Trembles demandèrent à la Compagnie des Auvents des Marchands du matériel de campement qui permit d’ériger une dizaine de tentes sur le terrain de la fabrique. À dix heures, tous les sinistrés étaient abrités, sauf semble-t-il la vingtaine de travailleurs polonais oeuvrant à la construction de l’hôtel de ville et logeant à l’Hôtel Laplante. Ils durent se contenter de la véranda de l’Académie Roussin, plusieurs d’entre eux ayant par ailleurs vu toutes leurs économies s’envoler en fumée puisqu’ils les conservaient dans leur chambre plutôt qu’à la banque".
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